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«Le silence sans heurt du présent» — Gilles Aillaud

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10 octobre > 17 janvier 2016
vernissage le samedi 10 octobre de 14h à 18h

Peintre et décorateur de théâtre, Gilles Aillaud représente dès le milieu des années 60 sur ses toiles des animaux enfermés dans des cages, des enclos, des verrières ou derrière des grilles. «A l’intérieur de chacune des ces représentations, une mécanique d’autodestruction - ou d’autodérision - opère avec une inflexible obstination. Ces animaux renvoient à l’idée de la nature première, vierge sauvage. Les lieux où ils se trouvent imposent la présence d’un dispositif humain qui, tout en procurant aux bêtes un relatif confort, rend manifeste qu’ils sont en exil dans des espaces confinés qui ne ressemblent que très imparfaitement à ceux dans lesquels elles auraient dû vivre...» (Philippe Dagen)
En coproduction avec les Musées des beaux-arts de Rennes et de Saint-Rémy de Provence, cette rétrospective est la première grande exposition consacrée à l’artiste depuis 10 ans.
Une cinquantaine de tableaux provenant de grandes collections publiques et privées seront exposés au FRAC Auvergne.

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Le musée des Beaux-Arts de Rennes, le musée Estrine de Saint-Rémy-de-Provence et le FRAC Auvergne se sont associés pour cette exposition itinérante qui constitue la première rétrospective consacrée à Gilles Aillaud depuis sa mort en 2005.
Philosophe de formation, Gilles Aillaud était peintre, dessinateur, graveur, poète, écrivain, scénographe.
Il est ce que l'on a pour commodité d'appeler un «peintre pour les peintres», un artiste admiré par d'autres artistes, nombreux, sensibles à cette peinture méditative et silencieuse, rétive aux discours, qui témoigne d'une jubilation à peindre et à révéler, au-delà de la représentation, la matérialité du tableau, sa surface, sa lumière, sa vibration.
Comme l'exprime très justement Didier Semin, l'un des auteurs du livre publié à l'occasion de ces expositions, «toute la peinture d'Aillaud pourrait être décrite comme une éducation sentimentale du regard, qui doit être guidé vers ces affinités bouleversantes — entre l'animal et le sol sur lequel il repose, entre les liants ou les pigments et la matière du monde qu'ils représentent, entre toutes les choses qui nous entourent — sans lesquelles l'existence n'aurait pas la même épaisseur.»
Jean Jourdheuil, pour qui le peintre réalisa plusieurs décors de pièces de théâtre, souligne dans Le Parti pris des animaux que Gilles Aillaud «cadre ses tableaux de telle façon qu’on ne puisse voir qu’une partie de l’animal, quand il n’interpose pas entre l’animal et nous des grilles ou des barreaux il éprouve le besoin de reproduire le rebord d’une cage vitrée qui redouble le cadre du tableau, et surtout, il peint des animaux qui sont littéralement absents (c’est-à-dire qui peuvent le cas échéant ne pas être là), totalement indifférents à un lieu pourtant destiné à les mettre en valeur. Les animaux d’Aillaud ne sont pas assez coopératifs.»

«On perçoit que l’oeuvre est peinte rapidement, avec une huile très maigre, des surfaces légères à peine modulées avec quelques annotations rajoutées. La peinture de Gilles Aillaud est, fondamentalement, un jus plus ou moins dense – de moins en moins dense – où le blanc de la toile, de légère réserve, devient de plus en plus visible – d’où une référence possible à l’aquarelle. Son rêve – ou son horizon –, je l’imagine, est que, d’une tache, la chose soit figurée, que la chose se figure dans la plus grande légèreté. Ainsi, dans Éléphant après la pluie (1991), la tache verte à gauche de l’éléphant est déjà presque un éléphant et demeure tout autant la tache qu’est l’éléphant à ses côtés.
Alors, l’animal n’est souvent que taches : taches de serpent mimétique de son environnement, taches de brillance sur l’arrière-train du rhinocéros, taches de dos d’hippopotame dans Soupe, tache du pelage d’un
lion contre muraille. L’animal se dissimule, certes, et la tache est le signe de son camouflage possible –
combien parfois, il faut chercher l’animal dans les jardins et parcs zoologiques –, mais un des sens de la
peinture est le passage de la tache à la figure et Gilles Aillaud se maintient souvent entre les deux – et l’eau coulant, par exemple, dans Otarie et jet d’eau (1971), vient troubler tout autant que les rides de l’onde ce qui autrement serait trop décidable.»
Éric Suchère

«Gilles Aillaud peint l’énigme que l’animal abrite, recèle dans la consistance de sa chair, parfois massive et compacte, le grain et la couleur de sa peau, la façon qu’elle a de prendre la lumière, la relation que l’animal entretient avec son élément de prédilection, l’eau dans le cas du phoque, de l’hippopotame et des crocodiles, les rochers factices dans le cas de l’ours, il peint l’étrangeté du lieu où il est assigné à résidence, il l’épure jusqu’à le rendre quasi-abstrait, libérant ainsi les potentialités du dessin et de la couleur, et dans cet espace nous sommes confrontés au sommeil, à la somnolence de l’animal, à la manière d’être de chaque animal selon sa complexion dans sa cage ou sa fosse, bref, Gilles Aillaud peint son propre regard.»
Jean Jourdheuil

«Lorsque je représente des animaux toujours enfermés ou «déplacés», ce n’est pas directement la condition humaine que je peins. L’homme n’est pas dans la cage sous la forme du singe mais le singe a été mis dans la cage par l’homme. C’est l’ambiguïté de cette relation qui m’occupe et l’étrangeté des
lieux où s’opère cette séquestration silencieuse et impunie. Il me semble que c’est un peu le sort que la pensée fait subir à la pensée dans notre civilisation. Devant une telle désolation et pour que l’art soit autre chose qu’une simple défroque culturelle, il ne s’agit pas davantage pour moi «d’étudier la nature» que de «me concentrer sur ma boîte de couleurs» : lorsque je peins, je cherche seulement à dire quelque chose, en ne songeant à la manière de peindre que pour rendre plus précise, plus claire, plus insistante, la parole.»
Gilles Aillaud

«Si les animaux ne sont chez Aillaud ni thème ni symbole, que sont-ils donc ? Risquons, si grandiloquente qu’elle puisse paraître, l’hypothèse qu’ils sont l’aurore de la peinture, qu’Aillaud nous donnerait en quelque sorte à contempler de nouveau ...»
Didier Semin

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Gilles AILLAUD (1928 - 2005)

Né en 1928 à Paris, Gilles Aillaud peint et dessine très tôt.
A l'âge de 18 ans il commence des études de philosophie avant de se tourner à nouveau vers la peinture en 1949. Au cours des années 50, il peint des oiseaux et des paysages marins. Il réalise sa première exposition personnelle en 1952. Pendant de longues années il travaille dans un isolement complet.
En 1964 il entre au Comité du Salon de la jeune peinture et en devient le président un an plus tard.
Il réalise des oeuvres collectives avec Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati telles que Une passion dans le désert qui, avec ses treize tableaux, revendique violemment une sorte de droit au récit en peinture ou Vivre et laisser mourir ou la fin tragique de Marcel Duchamps, suite de peintures qui s'en prend à Marcel Duchamp et à la liberté illusoire qu'il représenterait selon eux.
Au cours des années 70, il peint sur des toiles des animaux enfermés dans des cages, des enclos, des verrières ou derrière des grilles. Il expose en 1971 à l'ARC au Musée d'art moderne de la Ville de Paris, ses peintures réalisées depuis 1964. L'exposition fut décrochée par l'artiste pour protester contre un acte de censure exercé par les pouvoirs publics sur un de ses confrères.
Il expose à nouveau à l'ARC en 1980, puis à la Maison de la Culture de Saint-Etienne en 1981 ainsi qu'à Grenoble en 1984.
Plus récemment, une exposition lui a été consacrée en 1997 au Centre d'art contemporain d'Istres.
En 1999, il participe à l'exposition 12 peintres contemporains au Palais des Papes d'Avignon.
Outre ses nombreuses expositions en France et à l'étranger, il a réalisé d'importants décors pour le théâtre, notamment à la Schaubühne de Berlin avec Klaus Michaël Grüber.
Il est également auteur d'une pièce de théâtre «Vermeer et Spinoza» (Edition Christian Bourgeois, 1987).





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