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La danse du slip kangourou et de l’homme-araignée : Kippenberger et ses maîtres

par François Trahais

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On se souvient de Martin Kippenberger (Dortmund, 1953 – Vienne, 1997) pour son humour et son irrévérence. Sa devise : «Jeder Künstler ist ein Mensch»1, détourne la célèbre maxime de Joseph Beuys «Jeder Mensch ist ein Künstler»2. Par un renversement de sens, la citation s’emploie ici pour attaquer le cliché du génie créateur.
Au début des années 1980, l’ironie de Kippi et ses amis de Düsseldorf (Werner Büttner et les frères Oehlen) s’oppose alors au sérieux du Neue Wilde Kunst. Les Nouveaux Fauves berlinois prônent un retour à l’expressionnisme en peinture et à l’héroïsation de l’auteur. Animé d’un esprit ludique et iconoclaste, le jeune Kippenberger parodie les maîtres du XXe siècle. En 1985, une photographie de Douglas Duncan3 illustre les cartons d’invitation d’une exposition4 de l’artiste allemand. Sur cette image, Pablo Picasso pose simplement vêtu d’un slip kangourou élégamment remonté jusqu’au nombril. Trois ans plus tard, Kippi adopte la même allure dans une série d’autoportraits plutôt dévalorisants. En 1996, l’auteur des Demoiselles est à nouveau évoqué dans la série Jacqueline, The Paintings Pablo Couldn’t Paint Anymore. Kippenberger se permet ici de parachever la série des portraits de Jacqueline Roque entamée presque cinquante ans plus tôt par Picasso. La même année, la silhouette de Matisse apparait au milieu d’une farandole d’hommes-araignées. Reprenant la composition de La Danse de 19095, l’affiche de l’exposition Kippenberger chez Soardi6 prouve que le sens du rythme des superhéros égale les chefs-d’œuvre de l’Hermitage.
Avec provocation, Kippi fit de l’idiotie une posture lui permettant de rompre avec l’héroïsme des grands maitres. Matisse et Picasso ainsi parodiés, c’est la rencontre du slip kangourou et de l’homme-araignée, une danse qui rappelle la Ronde des pochards dans le brouillard d’Alphonse Allais7. Cet état d’esprit hérité des Arts incohérents, de Dada, de Picabia et de Duchamp permit à l’enfant terrible de l’art allemand de célébrer «dans la bonne humeur»8, la fin de l’aventure moderne.

         




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